Faut-il faire une gastroscopie en cas d’Hemoccult positif et de coloscopie normale dans le cadre du dépistage organisé du cancer colorectal ?        

B. Denis1, P. Perrin1, EA Sauleau2, F. Vagne1, A. Peter1, D. Battistelli1, J.C. Pfeiffer1, J. Bottlaender 1
1 ADECA 68, Hopital Pasteur, Colmar, France
2 ARER 68, Mulhouse

L’utilité de la gastroscopie (G) est controversée en cas de recherche de sang occulte dans les selles positive et de coloscopie (C) normale.


But

Evaluer le rendement et l'impact de la G en cas d’Hemoccult positif et de C normale dans le cadre du dépistage organisé du cancer colorectal.


Patients et méthodes

Enregistrement prospectif des G réalisées après C totale normale ou avec lésions minimes (polype < 1 cm) dans la campagne de dépistage organisé du cancer colorectal par Hemoccult d’un département français. La décision de réaliser une G était laissée à la discrétion de l’endoscopiste.


Résultats

488 personnes bénéficiaient d’une G (401 à C normale et 87 avec lésions minimes) : 219 hommes et 268 femmes (âge moyen 62 ans). 92,5% des G étaient réalisées le même jour que la C, 92% sous anesthésie générale et 25,2% avec biopsies. 125 G (25,6%) étaient anormales : 2 cancers de l'oesophage, 5 oesophages de Barrett, 32 oesophagites peptiques de stade 1, 5 de stade 2 et 1 de stade 4, 54 ulcérations gastro-duodénales, 4 ulcères gastriques et 3 bulbaires, 19 polypes gastriques (aucun adénomateux) et 2 angiodysplasies. H. pylori était présent dans 28 cas. Les anomalies étaient significativement plus fréquentes chez l’homme (33,3% vs 19,4%, p < 0,01), en présence de symptômes digestifs hauts (42,3% vs 19%, p < 0,01), en cas de prise d’aspirine à dose anti-agrégante (37,3% vs 21,9%, p = 0,01) et d'AINS (40,7% vs 23,3%, p = 0,04). La G avait un impact sur la prise en charge dans 89 cas (18,2%) : 1 traitement chirurgical, 1 radio-chimiothérapie, 5 surveillances endoscopiques, 80 traitements anti-secrétoires dont 28 avec éradication et un plasma d’Argon. La G avait significativement plus souvent un impact thérapeutique chez l’homme (26% vs 11,9%, p < 0,01), en présence de symptômes (29,8% vs 14,1%, p < 0,01) et en cas de prise d'AINS (37% vs 16,6%, p < 0,01). Si l’on ne retient comme réellement utiles que les diagnostics de cancer, d’oesophagite peptique de stade >1, d’oesophage de Barrett, d’ulcération H. Pylori positive et d'ulcère, seules 35 G (7,2%) étaient utiles (hommes asymptomatiques 7%, femmes asymptomatiques 2,1%). Les 2 cancers étaient symptomatiques. 2 variables étaient significatives en analyse multivariée pour l'utilité de la G : la présence de symptômes (odds ratio = 3,23 (IC 1,3 - 7,9) ) et le sexe masculin (odds ratio = 3,12 (IC 1,2 - 8,1) ). Les complications se résumaient à un incident dentaire mineur.


Conclusion

Dans le cadre du dépistage organisé du cancer colorectal, il ne faut pas faire de G systématique en cas d’Hemoccult positif et de C normale ou avec lésions minimes. Il faut par contre s'enquérir de symptômes digestifs hauts et, en leur présence, réaliser une G. Notre étude prospective, la plus grande jamais réalisée, montre que le rendement de la G est très faible chez les femmes asymptomatiques. Une étude médico-économique serait nécessaire pour évaluer l’intérêt de réaliser une G chez les hommes asymptomatiques.



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