Tous les polypes colorectaux réséqués doivent-ils faire l’objet d’un examen anatomopathologique ?



DENIS B, BOTTLAENDER J, WEISS AM, PETER A, BREYSACHER G, CHIAPPA P, GENDRE I, PERRIN P

L’examen anatomopathologique des polypes colorectaux réséqués par endoscopie représente une charge de travail importante pour les pathologistes ainsi qu’un coût non négligeable. Il a un impact sur la prise en charge lorsqu’il guide le traitement d’un cancer invasif ou la surveillance coloscopique ultérieure. But : évaluer s’il est possible de ne pas faire l’examen anatomo-pathologique de certains polypes colorectaux sans risque pour le patient.


Méthodes         

Evaluation rétrospective de tous les polypes réséqués dans une campagne départementale de dépistage organisé de septembre 2003 à août 2008 et évaluation prospective de tous les polypes réséqués dans une unité hospitalière d’endoscopie de janvier à août 2008.

Résultats         

L’étude rétrospective portait sur 4360 polypes, ses résultats figurent dans le tableau. L’étude prospective concernait 355 polypes réséqués lors de 175 coloscopies chez 68 femmes et 107 hommes de 64.8 ans d’âge moyen. Il s’agissait dans 47.4% des cas d’une 1ère coloscopie et dans 46.5% des cas d’une coloscopie de surveillance pour antécédent personnel de cancer colorectal (CCR) ou d’adénome. Des antécédents familiaux de CCR étaient notés dans 13.9% des cas. 263 (74.1%) polypes étaient ≤ 5mm et 54 (15.2%) ≥ 10mm. Il y avait 90 (25.7%) polypes non adénomateux, 76 (21.4%) adénomes avancés et 2 (0.6%) carcinomes invasifs. L’examen anatomopathologique était jugé utile par l’endoscopiste pour 148 polypes (41.7%). Ce taux d’examens utiles variait selon la taille des polypes (26.1% pour les polypes ≤ 5mm, 73.7% pour ceux de 6 à 9mm et 92.5% pour ceux ≥ 10mm)(p<0.001) et selon le contexte (57.1% en cas de 1ère coloscopie, 26.8% en cas de coloscopie itérative, 23.4% en cas d’antécédent personnel de CCR ou d’adénome)(p<0.001). L’examen anatomopathologique était nécessaire pour déterminer la date de surveillance chez 24% des patients et modifiait la date proposée par le clinicien chez 8.6%. Il n’avait aucun impact sur la date de surveillance chez 67.4% des patients. Ne pas analyser les polypes ≤ 5mm isolés chez les personnes avec antécédents personnel ou familial de CCR ou d’adénome (37.5% des polypes dans notre étude prospective avec recrutement diversifié) aurait conduit à ne surveiller à 5 ans au lieu de 3 un patient sur 44. Ne pas analyser les polypes ≤ 5mm associés à un ou des polypes de 6 à 9mm (8.5% des polypes avec un recrutement diversifié, 4.9% dans une campagne de dépistage organisé) aurait conduit à ne surveiller à 5 ans au lieu de 3 un patient sur 44.


Conclusion         

En raison du risque de cancer invasif, tous les polypes > 5mm doivent être analysés. Les polypes ≤ 5mm associés à un CCR ou à un polype ≥ 10mm ou qui surviennent à un très grand âge peuvent ne pas être analysés sans aucun risque pour le patient, soit 13.8% des polypes en cas de recrutement diversifié et 22.3% dans une campagne de dépistage organisé.

Taille des polypes

≤ 5 mm

6 – 9 mm

≥ 10 mm

Nombre n (%)

2351 (53.9)

630 (14.5)

1379 (31.6)

Cancers invasifs n (%)

0 (0)

1 (0.2)

69 (5.0)

Adénomes avancés n (%)

280 (11.9)

177 (28.1)

1221 (88.5)




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