Le dépistage organisé du cancer colorectal par Hemoccult est faisable à un coût acceptable en France : résultats d'un département pilote



Bernard DENIS, Jean François EBELIN, Philippe WEBER, Pierre SAFRA, Isabelle GENDRE, Philippe PERRIN.
ADECA 68, Association pour le dépistage du cancer colorectal dans le Haut-Rhin (ADECA 68)


But        

Rapporter les résultats de la première campagne de dépistage organisé par Hemoccult du cancer colorectal (CCR) d’un département pilote.


Méthodes        

La campagne respectait le cahier des charges national : invitation à consulter le médecin généraliste (MG), envoi du test aux non répondants. En cas de non réponse au 1er courrier, une relance était envoyée avec un coupon-réponse permettant de spécifier d’éventuelles raisons de ne pas participer.


Résultats        

618 MG (98,6%) participaient avec une moyenne de 110 tests lus par MG. 81,6% des tests distribués par les MG étaient effectivement réalisés. 19 037 personnes (10,0%) étaient exclues dont 46,2% grâce au coupon-réponse. 91 131 personnes avaient réalisé le test, soit un taux ajusté de participation de 54,3% (de 47,9 à 61,9% selon les cantons). Ce taux augmentait avec l’âge (51% entre 50 et 59 ans, 59% entre 60 et 69 ans) et était significativement supérieur chez les femmes (57,2% vs 51,3%, p < 0,01). 76,5% des tests lus étaient donnés par les MG, 5,4% par les centres d’examens de santé, 1% par les médecins du travail et 15,5% avaient été envoyés par courrier. Le test avait été envoyé à 46,4% de la population cible. L’impact du premier courrier durait 6 mois et conduisait à 50,1% des tests lus, celui de la lettre de relance durait 4 mois pour 26,1% des tests lus. Le taux de positivité du test Hemoccult était de 3,3%, significativement plus élevé chez les hommes (3,9% vs 2,8%, p < 0,01). Une coloscopie était réalisée dans 86,9% des tests positifs. Sur 2 689 coloscopies enregistrées, 48,8% étaient normales et 45,2% révélaient un (des) polype(s), dont 81,6% adénomateux. 58,2% des adénomes étaient sessiles, 34,9% pédiculés et 6,2% plans. 16% des adénomes mesuraient plus de 20 mm et 26,1% de 10 à 19 mm. 69,5% des adénomes étaient tubuleux, 23,9% tubulo-villeux, 2,6% villeux et 4% festonnés. 61,4% d’entre eux étaient en dysplasie de bas grade, 32,2% de haut grade, 4,3% étaient le siège d’un carcinome in situ et 2,2% d’un carcinome invasif. 95,2% des adénomes étaient réséqués par voie endoscopique. La valeur prédictive positive était de 10,3% pour un CCR (hommes 12,9%, femmes 7%), 21% pour un adénome avancé et 42,8% pour une néoplasie (hommes 52,5%, femmes 31%). Les taux de CCR et de néoplasies étaient de 3,1 et 12,6 pour 1 000 personnes dépistées. 277 CCR étaient dépistés : 82,3% étaient localisés : stade 0 (33,8%), I (32%) et II (16,5%). 98 (35,4%) étaient traités par voie endoscopique seule. 17,6% des CCR étaient localisés au rectum et 25,0% au colon proximal. Les complications colligées se résumaient à 1 perforation et 15 hémorragies. Les coûts fixes de ce programme de dépistage (sans les coloscopies) étaient de 4,3 € par an par personne éligible et les coûts variables de 3,3 € par personne dépistée. Le coût global par personne dépistée était de 26 € et le coût pour dépister soit un adénome avancé soit un cancer précoce (stade 0 ou I) était de 3650 €.


Conclusion        

Avec une participation de 54,3% de la population cible, 190 cancers localisés dépistés et 565 adénomes avancés réséqués, cette campagne pilote montre que les résultats des essais contrôlés européens sont reproductibles à un coût acceptable en population générale française. Les MG sont demandeurs et prêts à s’approprier le dépistage du CCR.



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